Le mors : Un nouveau fardeau ?

Le mors, le nouveau fardeau de l'équitation

Savons-nous vraiment, ce qui est le mieux pour notre cheval ?

 

 

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Aujourd'hui, le mors fait polémique dans le monde du cheval. On retrouve le groupe des pros-mors, qui défendent l'outil à tout point de vue, et les pro-sans-mors, qui renie l'outil comme s'il était égal à la Peste. Mais alors, où donner de la tête, que croire, que penser ? Et si finalement, ce n'était pas qu'une question de respect .... ?

 

 

Depuis quelques années maintenant, je me pose de plus en plus de questions quant au matériel que nous utilisons sur nos chevaux, leur forme, leur matière et leur taille. En 2014, alors que je sortais tout juste d'un club qui usait de mors, d'enrênements, d'éperons et j'en passe, j'ai découvert Pierre Enoff. Cet homme est le pionnier du sans mors, du sans fer, du sans enrênement, bref ! du cheval au naturel. Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à lui, je me suis moi-même remise en question sur ma pratique de l'équitation, ce que j'aimais réellement dans le fond, entre monter à cheval, ou le cheval lui-même... Au travers de mon cheminement, que je pensais tout à fait simple, je suis entrée dans le monde d'un débat (stérile) entre les pros-mors et les pros-sans-mors. Mais alors, me direz-vous, où devons-nous chercher, si chacun reste camper sur ses positions ? Moi, j'ai choisi de faire des recherches, de poser la question à mes chevaux et de m'adapter à eux.

 

Pour mes premières recherches, aussi naturellement que possible, j'ai dévoré des études scientifiques. Car d'après-moi, seules les études scientifiques peuvent mettre en avant les avantages et les inconvénients des outils que nous utilisons et leur impact. Bien évidemment, certaines études peuvent être biaisées, mais ce n'est qu'en comparant et en affrontant plusieurs études que l'on peut trouver nos réponses. (Et surtout, nous faire notre propre jugement sur ce que l'on pense juste ou non). Forcément, je suis tombée sur les études des Dr Strasser & Cook   qui démontrent et expliquent en quoi le mors peut être néfaste, pourquoi un mors est plus fort qu'un autre, quelles sont les répercutions physiologiques et psychologiques sur le cheval, etc. On apprend donc (je reste simpliste, les études sont en lien ci-dessus!) qu'un mors fait saliver le cheval et dans un processus long et profond peut engendrer des ulcères gastriques, que le claquement du mors dans la bouche du cheval entraine des douleurs crâniennes terribles engendrant ainsi des comportements dangereux de la part de l'animal, des douleurs dentaires, des soucis de Larynx,... Les répercussions peuvent aussi être d'ordre musculaire, squelettique, psychologique, physiolosique. En voyant celà ainsi, on se demande quelle a été l'idée de l'Homme pour avoir créé un ustensil pareil. Et là, c'est d'ordre historique, puisque le cheval devant obéir à l'Homme (rappelons que cheval était un animal perçu de sauvage au même titre qu'un lion, donc dangeureux) on le maitrisait avec la force et sous la douleur. 

 

 

Quand Tartine tente de se retirer de l'action du mors

 

Et puis, il y a une autre école. Celle qui donne au mors une place privilégiée dans la vie du cavalier. Parce que le mors est un outil très fin, il faut savoir l'utiliser. Ce n'est donc pas le mors, le réel problème, mais la main du cavalier qui se trouve au bout des rênes. Si la main du cavalier reste au contact, ne tire pas et ne pousse pas, le mors reste à sa place, le cheval se détend en se "plaçant", et tout roule comme sur des roulettes. Ce ne serait donc pas le mors le problème ? Mais la main du cavalier... Le mors étant un outil fin, il permet de dialoguer plus en finesse avec le cheval, et pour faire un vrai et magnifique dressage de haute école, il semblerait impossible de le faire sans mors. Certains disent donc qu'il faut habituer très jeune le cheval au mors, pour qu'il ne cherche pas à s'en défendre et ne vienne pas perturber la main du cavalier. D'autres disent justement qu'il faut attendre l'âge "mûr" du cheval pour qu'il accepte le mors et comprendre son utilisation.

 

J'ai donc fait des recherches de ce côté-là aussi, mais pas d'études scientifiques pour parler des bienfaits du mors. J'étais surprise de ne pas en trouver, puisque d'après la majorité des cavaliers, le mors est un outil plus que commun qui ne pause aucun problème au cheval si le cavalier sait utiliser ses mains ! Donc en toute logique, faute d'avoir des preuves scientifiques, je me suis tournée vers les carrés de dressage (quid de mieux qu'un cavalier de haute école pour montrer l'exemple ?) J'ai remarqué effectivement des dos très plats, très tendus, des chevaux qui étaient muselés d'une muserolle parfois de quatre trous trop serrés, avec des mors qui frisaient l'imagination, deux paires de rênes... Des chevaux aux oreilles en arrière, la queue qui fouaille beaucoup trop, des antérieurs jetés en avant et des postérieurs bien au derrière de la masse... Me serais-je trompée de catégorie ? J'ai donc fait la remarque que les chevaux bavaient énormément et que leurs veines ressortaient (d'après-moi) beaucoup trop pour être naturel.

 

Pour toute explication, l'on m'a dit que les chevaux bavaient par décontraction (avec la machoire aussi fortement serrée j'avais du mal...) et les veines ressortent beaucoup parce que ce sont des athlètes de haut niveau qui font un effort conséquent, donc forcément... Les réponses voulaient me dire "ces cavaliers là savent se servir d'un mors et pas toi ! Donc rentre chez toi... " Moi qui suis pourtant ouverte d'esprit, qui ait utilisé le mors uniquement pendant des années, je me suis sentie démunie face à l'image de la nouvelle équitation et face à la mentalité des cavaliers du XXIe siècle...

 

 

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C'est alors que j'ai décidé de faire de l'entre deux. Si le mors a un impact (physique douloureux d'abord) sur le cheval, mais que c'est la main du cavalier qui est la principale cause des problèmes, alors on enlève ! J'ai choisi, d'abord, de retirer la muserolle. A ce moment-là, si ma main est trop dure, trop haute ou trop basse, le cheval pourra ouvrir la bouche, se défendre, et me dire ce que je dois changer. Et puis, j'ai décidé de retirer le frontal, trop petit, de ma comtoise. Ainsi, elle a retrouvé une liberté de mouvement et une souplesse dans la nuque que je ne soupçonnait pas ! En retirant la muserolle, j'ai cessé de cacher le problème, j'ai appris à utiliser mes mains et à écouter ce que mon cheval à a me dire. En lui retirant le frontal, l'axe temporo-mendibulaire s'est développé, "désoudé", et ma jument a cessé d'avoir des soucis de bouche. Et si le mors n'était pas l'unique problème de la bouche du cheval ? Pourtant, elle machouille beaucoup son mors et bave ! Et ça, pour moi, ce n'est pas tolérable : si ma jument bave, c'est forcément que quelque chose lui fait mal ou la dérange (je la connais suffisamment pour en juger) donc j'ai changé de mors. Je suis passé d'un mors simple brisure à anneaux à un mors simple brisure à olives d'une taille en dessous. Tartine, depuis ce changement, bien qu'elle n'apprécie pas le mors, n'a plus de réaction dangereuse, plus de rougeurs dans la bouche, plus de insalivation excessive, plus de tension dorsale (ou beaucoup moins) !

 

En l'occurence, personne n'a vraiment totalement raison et n'a vraiment totalement tort. Le mors a effectivement un impact sur le cheval (comme tout autre équipement équestre) mais ne serait-il pas de la responsabilité du cavalier d'en faire un outil correct ?! Comme tout autre outil de contact, le mors ordonne ou propose un exercice au cheval. Il en va de la responsabilité du cavalier lui-même de choisir sa façon de demander, sa façon d'anticiper et d'appréhender les choses. Utiliser le mors de façon violente renforcera le comportement négatif du cheval (on pensera donc que le mors ne lui fait pas mal puisqu'il arrive à se défendre) tandis qu'une manière douce renforcera l'attitude respectueuse de l'animal et "prouvera" de la douceur et de la bonne utilité du mors. Le tout étant de prendre en compte que chaque équipement, quel qu'il soit, impact formellement et indéfiniement la santé physique, psychologique et physiologique du cheval (d'une manière positive ou non!)

 

Malgré tout, je suis partisane du sans-mors, sans pour autant en faire un excès. Je m'explique : J'ai aujourd'hui conscience de l'impact du mors sur le cheval (même s'il n'y a pas de cavalier qui tient les rênes!) et malheureusement, d'après-moi, un morceau de métal dans la bouche d'un animal, quel qu'il soit, ne peut être que mauvais du point de vue physiologique et psychologique. C'est pourquoi dès que je peux ne pas mettre de mors, je reste en side-pull, licol plat, ou licol éthologique (et la plupart du temps, je reste à pied !). Cependant, j'ai conscience aussi que l'action du cavalier sur la bouche du cheval à un impact destructeur majeur, c'est pourquoi j'ai décidé de retirer tout ce qui sert à cacher les défauts et à faire taire le cheval. Sans muserolle et sans frontal, mon filet tient parfaitement sur la tête de ma jument, et c'est elle qui décide de la façon dont le met mes mains et ce que je fais de mes rênes. Un commun accord donc, entre mon cheval et moi. Mais souvent, rester à pied est de rigueur chez nous ! ça évite tout débat, et toute gêne inutile (rire !)

 

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Le mors est un moyen coercitif qui permet de communiquer avec le cheval et les choses ont évoluées de manière à rendre le cheval le plus à l'aise possible dans le travail. Les matières sont multiples, les formes, des brisures, les tailles, il y en a pour tous les goûts. Ce qu'il faut retenir, c'est que chaque cheval sera différent, chaque cheval aura besoin d'un équipement qui lui sera spécifique et qu'il ne faudra, ici, jamais généraliser. Tout passe d'abord par l'éducation, ensuite pas l'acceptation et la réflexion. Ce sera donc au cavalier/propriétaire de faire les bons choix, d'être suffisamment à l'écoute de son cheval pour savoir ce que l'équidé acceptera ou non, et prendre les mesures nécessaires pour que le travail se fasse dans un respect total.

 

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