Le pansage : Aller au-delà !

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On peut lire beaucoup d'articles sur le pansage. Comment le faire, à quoi ça sert, quels sont les outils, où, pourquoi et comment les utiliser ? La toile ne manque pas d'éduquer les équitants et non-équitants à cette pratique "carrée" pourtant incomprise, incomplète et négligée. Je vous explique mon point de vue :

 

Le pansage est un "exercice" que le cavalier doit apprendre à pratiquer dès le départ. Qu'il soit débutant, galop un ou autre, il devra être, un jour ou l'autre, confronté au pansage. Un moment/exercice qui, comme on le lit partout, est quelque chose d'élémentaire, qui nécessite des outils spécifiques, des connaissances (modérées) et surtout, beaucoup de pratique. On apprend que le pansage est un moment nécessaire au cavalier pour vérifier s'il y a des blessures, pour faire briller et rendre propre le cheval et pour passer un bon moment avec lui. Soit ! Mais j'aimerais aller au-delà de tout cela. J'ai parcouru quatre clubs différents, du plus familiale au club usine (UCPA) et le constat a toujours été le même : aucun cavalier ne comprend réellement l'utilité du pansage et ne s'y intéresse pas (bref, il le fait juste pour dire que...). Le pansage est un acte purement et durement négligé, incompris, souvent mal exécuté, dans la précipitation, la distraction et le bruit.... 

 

Le pansage est un moment qui nécessite un échange tactile. On vient voir le cheval, on lui met le licol, on le sort du box/pré/paddock, on l'attache et on commence machinalement à brosser. Hors, tous les chevaux ne sont pas identiques, chacun ayant ses particularités. Combien de fois ai-je déjà entendu << C'est un con ce cheval il passe son temps à bouffer les cavaliers au pansage! >> << Il est méchant et argneux! >>. Des phrases qui prouvent un manque d'intérêt pour l'animal mais aussi une totale incompréhension. C'est pourtant ce qui est malheureusement enseigné. Le contact tactile est le plus important chez le cheval. C'est ce qui lui permet de vous connaitre, de vous jauger, de vous découvrir (et vis versa). Si ce contact n'est ni respecté, ni compris, quelque chose sera brisée dès le départ entre le cavalier et son destrier. 

 

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On sait aujourd'hui que la peau du cheval est de 20% plus fine que la peau de l'Homme. Avec cette base de connaissance, beaucoup de cavaliers comprendraient que la douceur et le calme lors du pansage est une obligation et plus une simple option. A partir de ce postulat, je me suis longtemps questionnée sur les ressentis de l'animal, et j'ai compris qu'aucun cheval ne réagit de la même manière. Si la peau est plus fine pour tous les chevaux, la sensibilité varie en fonction du comportement de l'animal, de ses antécédents et de sa personnalité. Certains équidés apprécieront beaucoup qu'on leur brosse le ventre, d'autres pas du tout. Certains apprécient qu'on leur brosse "les côtes", d'autres, plus chatouilleux, essayeront de mordre ou taper. Le pansage, c'est la découverte de l'autre ! La base du pansage, bien au-delà de voir s'il y a une blessure ou s'il y a de la poussière, c'est de comprendre son cheval, découvrir ses sensibilités, son caractère et sa personnalité. Des chevaux, j'en ai brossé quelques centaines. Encore aujourd'hui, je peux affirmer n'avoir jamais brossé deux chevaux de la même manière. 

 

Oui, le pansage est un moment de dialogue entre le cheval et le cavalier. A travers votre manière de panser, le cheval va pouvoir savoir si vous êtes joyeux, découragé, en colère, triste, distrait, et va pouvoir se mettre en condition pour la séance qui vient. Il n'est pas rare de voir une mauvaise séance après un mauvais pansage. L'un de va pas sans l'autre. C'est là toute l'importance du pansage. Le cheval subit l'équitation, il n'a pas non plus envie, forcément, de se faire brosser/toucher de partout. Votre humeur va considérablement modifier le comportement de l'animal. Les premières minutes sont aussi crutiales que les dernières. Un pansage doit être fait en pleine conscience pour permettre au cheval de vous comprendre, de se détendre, d'être délié et apaisé avant d'aller travailler et, pourquoi pas, d'échanger avec vous.

 

Je suis souvent surprise de voir les cavaliers arriver cinq minutes avant le cours, tout juste le temps de passer un coup de bouchon et de seller pour mettre le cul à cheval. Je le vois comme un manque de respect et d'intérêt de l'animal. Il n'y a ici aucun échange, aucun dialogue, le cheval est une machine à tourner, sauter. Un pansage devrait durer en moyenne une demi-heure, le temps minimum nécessaire pour masser le cheval, le découvrir, savoir ce qu'il aime ou pas, personnaliser ce moment de contact privilégier, théoriquement de douceur et de calme, d'apprentissage de l'autre. 

 

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C'est un apprentissage de tous les jours pour mesurer l'état du cheval, tant psychologique, physique que moral. C'est ce que j'essaie un maximum d'enseigner à Elisa pour qu'elle puisse être pleinement consciente de ses actions vis à vis de l'animal. A travers le pansage, elle a pu apprendre les parties du corps du cheval, les liens principaux entre les différentes parties corporelles (encolure - épaule, par exemple) et l'impact du pansage. Ce n'est pas anodin de toucher un cheval. Il peut avoir de mauvaises réactions ou bien de très bonnes, il peut être apathique ou fébrile. Le pansageest un mode d'observation que j'appelle intéractif. Car on observe l'animal lorsque nous sommes en interaction avec lui : nous observons son comportement avec nous, en fonction de nos gestes, de notre humeur, de notre position. C'est très important de rassurer le cheval. Un animal qui est une proie à l'état sauvage aura besoin de signaux lui permettant de savoir s'il est ou non en sécurité. C'est un échange important, un dialogue presque spirituel. 

Le fait unique d'attacher l'animal lors du pansage donne une connotation négative du moment. Le cheval est obligé d'être là, il ne peut pas partir s'il en ressent l'envie ou le besoin. Il est alors question de "sécurité" qui, bien qu'elle ne soit pas négligeable, prouve un manque de bien-être de la part de l'animal. Si l'animal fuit, tape ou mord, c'est que quelque chose le dérange, lui fait peur ou mal. A partir de ce moment-là, ce n'est pas le pansage qui est à rectifier mais la cause du comportement qui est à déceler. 

 

Vous l'aurez compris, chaque cheval est différent et réagira différemment au contact tactile. Là est l'importance du pansage, de la patience et de l'écoute de la part du cavalier. Le pansage n'est pas qu'une question technique, théorique et "machinale", c'est un moment absolument essentiel dans la vie du cheval et du cavalier, c'est le "bonjour" de la journée, l'échange concrêt et physique. Avoir conscience de nos actes lors du pansage permettra peut être à certains cavaliers et certains chevaux de se trouver ! 

 

 

 

 

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